Fabien Camus : « En faire un complément, pas un supplément »
Graphiste, directeur artistique et formateur depuis plus de dix ans, Fabien Camus (Kamu Studio) intègre l'IA à sa pratique sans en faire le cœur de son métier. Veille visuelle, idéation, rédaction, correction : il détaille des usages concrets, mais aussi ses réticences et sa vision – lucide – de l'avenir du graphisme à l'ère des LLM.
1 · Présentation
Pouvez-vous vous présenter brièvement ?
Fabien Camus, graphiste, DA, formateur et responsable pédagogique. Graphisme print et digital. Freelance, autoentrepreneur depuis 2012.
Quel est votre domaine professionnel principal ?
J'ai travaillé en communication visuelle (identité, graphisme), scénographie événementielle, bureau de style et tendances pendant 10 ans. Graphiste et DA sur des secteurs allant du luxe au corporate en passant par le jeu vidéo et la culture. Je suis aussi formateur depuis 8 ans.
Avez-vous un site, un LinkedIn ou un compte à partager ?
Web : kamu-studio.com – LinkedIn : in/fabien-camus – Instagram : @kamufab.
2 · Outils & usages IA
Quels outils IA utilisez-vous régulièrement ?
Je travaille principalement avec Claude pour la partie recherches et analyses, et avec ChatGPT pour la génération d'images.
Utilisez-vous des connecteurs ou intégrations IA ?
Non, je ne cherche pas à intégrer de l'IA dans mes outils de production. Ce n'est qu'au travers des outils Adobe que je m'en sers, car elle y est déjà pré-intégrée (détourages, reconnaissance de sujet, extension de photo).
Avez-vous mis en place des agents IA ou des workflows automatisés ?
J'ai fait quelques tests avec Claude Cowork par curiosité, mais je n'ai pas vraiment trouvé d'intérêt fort à ça. J'ai des réticences à implémenter trop d'IA dans mon workflow.
3 · Impact & résultats
Quels gains de productivité avez-vous constatés ?
Un gain énorme sur la veille visuelle et informationnelle. Je me sers de Claude pour amorcer des recherches de références artistiques, culturelles, scientifiques… je recoupe ensuite et je demande les points saillants pour m'orienter par moi-même. J'ai aussi gagné beaucoup de temps pour générer des bases de rédaction sur lesquelles je ré-interviens, et pour la correction sur de grandes quantités de texte (fautes de frappe, orthographe).
Un gain conséquent aussi sur la création d'images de base : mockups, sketching, idéation, pose d'intentions. Parfois sur la déclinaison d'assets, quand j'ai besoin de faire très rapidement de la variation sur des éléments que j'ai créés.
Avez-vous évalué le ROI de ces outils ?
Je ne me suis pas trop penché là-dessus, je dois l'avouer.
4 · Difficultés & apprentissages
Quelles difficultés avez-vous rencontrées ?
Paradoxalement, une perte de temps parfois conséquente à cause d'un mauvais prompting ou d'une demande trop complexe que l'IA n'arrive tout simplement pas à exécuter. Il faut souvent corriger les hallucinations ou les biais méthodologiques. Et, étant autodidacte, je n'ai pas suivi de formation spécifique : j'ai un usage assez rudimentaire de ces outils. Je m'y intéresse plus du point de vue éthique, social et philosophique que technique.
Des tâches où l'IA vous a déçu ou que vous avez abandonnées ?
Certaines générations d'images, parfois. Et un ras-le-bol des injonctions et relances permanentes des LLM. Aussi leur incapacité à réellement remettre en question et challenger les idéations : les LLM sont trop « câblés » pour aller dans le sens de l'utilisateur.
5 · Conseils & perspectives
Un conseil pour un pro qui veut se lancer ?
Pas vraiment de conseil, si ce n'est : ne pas le prendre pour autre chose qu'un outil supplémentaire. En faire un complément, pas un supplément. Essayer de ne pas se faire trop déposséder de ses savoirs et savoir-faire acquis.
Comment voyez-vous votre métier d'ici 2-3 ans ?
Il y a forcément la menace du remplacement pur et définitif, mais j'y crois assez peu. Je pense que d'ici 4-5, voire 10 ans, l'IA grand public atteindra un plafond et basculera dans un usage plus restreint (prix, ressources, capacités). Beaucoup reviendront aussi à des rapports humains : l'une des problématiques, c'est l'uniformisation que favorise l'usage massif de ces LLM et outils de génération.