Benjamin Clot : « L’IA ne crée pas, elle transforme »
VP Engineering chez 366, la régie publicitaire de la presse quotidienne régionale, Benjamin Clot développe depuis plus de vingt ans. Claude Code et GitHub Copilot rythment désormais son quotidien, avec une accélération de l’ordre de 50 % sur l’exécution. Mais il garde l’œil critique : coût en tokens, hallucinations, confidentialité, anthropomorphisme – il partage une pratique aussi enthousiaste que lucide.
1 · Présentation
Pouvez-vous vous présenter brièvement ?
Benjamin, VP Engineering dans l’Adtech chez 366, la régie publicitaire de la PQR (presse quotidienne régionale) – une société d’une centaine de personnes.
Quel est votre domaine professionnel principal ?
Le développement, depuis plus de vingt ans.
Avez-vous un site, un LinkedIn ou un compte à partager ?
2 · Outils & usages IA
Quels outils IA utilisez-vous régulièrement ?
Au quotidien, Claude Code et GitHub Copilot. De façon plus ponctuelle, Claude, Claude Design, ChatGPT et Gemini – ces deux derniers aussi pour la génération d’images –, ainsi que Lovable.
Utilisez-vous des connecteurs ou intégrations IA ?
Oui, plusieurs : Copilot dans VSCode, Claude dans PowerPoint (en test), le MCP data.gouv.fr dans Claude (en test) et Gemini en API directe.
Avez-vous mis en place des agents IA ou des workflows automatisés ?
Pas d’agents autonomes à proprement parler. J’ai simplement intégré un RAG – via un JSON – dans un prompt interne de recherche contextualisée.
3 · Impact & résultats
Quels gains de productivité avez-vous constatés ?
Claude Code me fait gagner plusieurs heures. Les derniers modèles permettent une accélération de l’ordre de 50 % sur l’exécution – à modérer toutefois en fonction du temps de rédaction et de vérification.
Avez-vous évalué le ROI de ces outils ?
Le principal gain, c’est l’autonomisation des équipes : elles peuvent désormais se doter d’outils internes qu’elles « vibe-codent » elles-mêmes. Avec, en contrepartie, les problèmes de sécurité et de dispersion que cela pose.
4 · Difficultés & apprentissages
Quelles difficultés avez-vous rencontrées ?
La courbe d’apprentissage est simple, même pour le vibe-coding, qui est très visuel. En revanche, le branchement d’outils tiers – MCP, skills – demande un peu de compréhension : savoir quand les utiliser, et pourquoi. L’hallucination, elle, reste un vrai problème, même avec un pré-prompt.
La confidentialité m’inquiète : mon entreprise n’en fait pas grand cas, et c’est à mon sens une gageure. Les employés ne sont pas formés, ils ont accès gratuitement à Copilot, et la charte informatique n’a pas été adaptée aux outils IA.
Le coût, ensuite. Claude Code, que j’utilise le plus, est réputé consommer des tokens à foison. Il se « perd » aussi beaucoup dans des erreurs de raisonnement, qu’il reproduit tant qu’on n’enrichit pas son skillset – à l’aide d’outils comme rtk ou superpowers. Parfois, il en fait même plus que demandé, sans qu’on ne lui ait rien demandé : c’est pénible. Sans oublier les relances incessantes en fin de chat (« voulez-vous que… »), qui consomment des tokens supplémentaires, et la gestion du contexte.
Des tâches où l’IA vous a déçu ou que vous avez abandonnées ?
De moins en moins. Mon usage reste cependant prudent.
5 · Conseils & perspectives
Un conseil pour un pro qui veut se lancer ?
Commencer en mode gratuit et tester différentes IA. Toujours vérifier les réponses. Ne pas humaniser l’IA – attention à l’anthropomorphisme ! Conserver un esprit critique : les réponses et les solutions proposées doivent être challengées, en restant vigilant face aux biais et à la facilité. Et se souvenir que l’IA ne crée pas : elle régurgite, elle transforme.
Comment voyez-vous votre métier d’ici 2-3 ans ?
Si le marché de l’emploi évolue et que les recruteurs acceptent que l’on postule pour le poste que l’on veut – et pas seulement celui que l’on occupe déjà –, j’envisage fortement de basculer davantage côté Produit. Le développement, même accéléré, reste risqué : il faudra toujours des gens pour transformer des outils vibe-codés en applications de production, ou pour adresser des problématiques spécifiques – langages peu répandus sur lesquels les IA n’ont pas été entraînées, industries confidentielles comme la cybersécurité ou le jeu vidéo… Je vois aussi un véritable risque côté middle-management, avec des besoins en diminution.
6 · Complément libre
Skynet ? La fin du monde ? Le revenu minimum universel ? 🙃
